Les dialectes bavarois : « Schderapfudzger » et « Knedla »

La Bavière est une région d’une grande richesse culturelle. Or, la notion de culture s’étend bien au-delà du fameux Dirndl ou de la Weißbier aujourd’hui exportée dans le monde entier. En effet, l’un des biens culturels les plus précieux de la Bavière est sa langue. Ou devrait-on plutôt dire ses langues ? Plus de 60 dialectes sont parlés dans le Land. Une tradition qui, plus que jamais, est perpétuée volontairement aujourd’hui.

L’histoire de la Bavière linguistique, telle que nous la connaissons aujourd’hui, débute il y a environ un siècle après Jésus Christ. C’est à cette époque que s’installent les premiers Germains venus du Nord dans la Bavière d’aujourd’hui. Ils emportent avec eux leur langue, alors germanique ancienne, dans un espace linguistique latin profondément marqué à l’époque par le règne romain. Durant les siècles suivants, les Germains se mélangent avec les Boïens celto-romains qui vivent dans cette région. Peu à peu apparaît la tribu des Bavarii aux fortes influences germano-celtiques.

À la fin de la Rome impériale vers 400 après Jésus Christ et à l’effondrement de l’Empire romain (vers 500 après J.-C.), la Bavière devient vite une région autonome qui s’émancipe linguistiquement de ses racines germaniques au cours de la seconde mutation consonantique du vieux haut allemand (vers 600 après J.-C.). Les premières documents et poèmes en langue bavaroise vulgaire encore préservés à ce jour datent du XIIIe siècle après Jésus Christ. Depuis, le parler bavarois s’est divisé en plusieurs dialectes (dialectes de Haute-Bavière, de Moyenne-Bavière et de Basse-Bavière) qui existent aujourd’hui encore et qui se sont développés au fil des siècles.

Le bavarois est plus que du simple bavarois


Grâce à l’histoire prestigieuse des ducs et rois de Bavière, l’Etat s’est agrandi et avec lui, l’espace linguistique qu’il englobait. Voilà pourquoi aujourd’hui encore, on parle toujours en Bavière de nombreux dialectes à la frontière de l’espace linguistique bavarois. Il s’agit notamment des dialectes franconiens, souabes et alémaniques. Par exemple, il arrive que le petit mot « euch » (vous) soit prononcé en Bavière tantôt « aich », tantôt « oich », tantôt « enk » et tantôt « ui », en fonction de l’endroit où l’on se trouve.

Si ces dialectes représentaient jadis les langues dominantes de la région, qui servaient aussi à se démarquer des autres territoires et de leur population, à peine la moitié des douze millions d’habitants de la Bavière parlent toujours un dialecte aujourd’hui. D’ici 2040, les chercheurs en dialecte prédisent même que le bavarois disparaîtra dans la région métropolitaine de Munich. Que ce scénario se produise ou non, il montre aussi une chose : le patois connaît un déclin. Un déclin qui est étroitement lié à la constitution de l’État allemand qui a contribué à répandre dans le langage quotidien le haut allemand apparu au XVIe siècle comme langue purement écrite. À cela s’ajoutent la mobilité et l’internationalisation croissantes de la société qui mettent en péril la subsistance des dialectes.

Les dialectes bavarois, un bien culturel à protéger


Un phénomène qui touche pratiquement tous les dialectes allemands et bien d’autres patois dans le monde. Il n’est ainsi pas étonnant de constater que la tradition linguistique de la Bavière, qui s’est formée au fil des siècles, est aujourd’hui perpétuée avec une intensité et une volonté sans précédent : dans cet objectif, de nombreuses organisations, associations et prix voient actuellement le jour avec pour mission de pérenniser le parler bavarois ainsi que tous les dialectes parlés en Bavière.

Par exemple, il existe aujourd’hui une association de soutien de la langue et des dialectes bavarois appelée Förderverein Bairische Sprache und Dialekte e.V., un prix du dialecte bavarois (Dialektpreis Bayern) ou encore les journées de la langue bavaroise (Bairische Mundarttag) qui ont lieu tous les ans à Deggendorf. En outre, le monde politique discute de la création d’initiatives pédagogiques permettant de renforcer la place de la langue bavaroise dans le quotidien des gens. Tout ceci aussi pour que les habitants de Nuremberg commandent leur « Knedla » (knödel), ceux de Ratisbonne s’exclament « Pfiat di » pour dire salut et ceux d’Augsbourg allument leur « Schderapfudzger » (cierge magique) au réveillon du 31 décembre.

Pour en savoir plus sur la culture bavaroise, découvrez notre article « Costumes et traditions à la fête de la Bière ».